IN FINE

 

 

"Petropavlovsk 1"

 

 

 

"Petropavlovsk 2" 

 

 

 

"Petropavlovsk 3" 

 

 

 

"Petropavlovsk 4" 

 

 

 

"Petropavlovsk 5" 

 

 

 

Petropavlovsk 7

 

 

 

"Petropavlovsk 6"

 

 

 

"Baikal 1"

 

 

 

Baikal 3

 

 

 

Baikal 8

 

 

Il arrive que l'histoire s'arrête. Hommes et villes disparaissent.
Demeurent les vestiges, pour nous raconter la vie de ceux qui ne sont plus là.Demeurent les épaves, qui sont parmi les plus improbables au monde, pour ceux qui ne distinguent que de la ferraille. Mais si nous savons nous arrêter, écouter,  elles se révèlent dans leur merveilleuse impudeur.

Nous nommons « vestige », la mémoire de ce qui était là et n’est plus. Nous appelons « épave » ce qui survit autrement, au-delà de sa fonction première, dans une grouillante vie secrète, de rouille, d’algues et de mousse.

Les photographies de Francesca Piqueras sont parmi les plus remarquables qu’il m’ait été donné de voir sur l’abandon. Elles libèrent des lumières et des ombres avec une abondance qui menace l’évidence.  

Les objets captés, saisis, se défont sous nos yeux et il ne s’agit pas là d’un mirage. Comme nous, ils sont vulnérables au temps qui passe. 

Avouons-le : fouiller ces épaves c’est un peu s’explorer soi-même; elles sont moi, je suis toi ...
Bourrasque, souffle du vent, le sable se répand silencieusement, vagues et écumes, Francesca Piqueras pose un regard sur l’abandon, apprivoise la solitude. 

Ses épaves s’étirent du long sommeil de l’hiver, vivantes, frémissantes de leurs propres reflets
Retournées, brisées, réduites, peu importe, les épaves sont là, ici. 

Avec un tel « hors du temps », qu’avons-nous à craindre de l’avenir ? 

Texte de Carmen Pellegrino - écrivain italienne -
Traduction de l'italien par Shmuel T. Meyer - écrivain, poète, photographe.

 

 

 

IIN FINE 

Francesca Piqueras - Janvier 2018 -

 

Mon travail est sans aucun doute le miroir, le témoin,  d’une société en transformation, qui oublie parfois de prendre en compte ses erreurs et  les répète inlassablement.

 

Il suggère  le drame d’une nature qui ne pourra pas éternellement  réinvestir  et digérer ces totems contaminés,  c’est pourquoi il ne faut pas le voir uniquement sous le prisme d’un esthétisme formel et silencieux.

 

Ces épaves, ces structures témoignant par leur abandon en mer de l’activité humaine en déclin, se désintègrent, se métamorphosent, se transforment peu à peu  en sculptures. 

 

Je  les vois comme telles, des sculptures créées par l’existence commune de deux protagonistes 

- l’humain et la nature - qui évoluent entre ce qui fut et ce qui ne sera plus.

 Ils se confrontent, s’opposent. 

Résistance  de l’un,  battements incessants des vagues de l’autre. 

Ils luttent et se déchirent, arrivent à des postures et des spasmes qui évoluent très lentement, pour arriver au plus vite à la fin.

 

J’attends la lumière, qui  transforme la structure, la  dramatise, la violente ou l’ efface. 

Je me me projette à l’intérieur de l’image, physiquement et mentalement.  

C’est une  image vivante, à la fois mise en scène d’un paysage de  l’humanité et à la fois à d’une histoire individuelle, la réalité objective fait écho à la réalité subjective.

 

C’est dans cet  espace-temps,  qui commence dès l’abandon de ces structures jusqu’à leur décomposition complète, que je situe mon travail. 

C’est une esthétique de l’abandon.

 

Dans ce nouveau travail, « IN FINE  Siberie » il y un nouveau  protagoniste, la ville. 

Une ville figée, en apparence  déserte et silencieuse, aux formes cubistes et  colorées, la solitude s’étoffe, s’épaissit, d’autant plus que l’homme est derrière, caché. 

A  ses pieds une  mer de  glace mouvante et inquiétante  pourrait engloutir le cimetière de bateaux, mais  elle n’en fait rien. Il me semble percevoir un dialogue  entre la ville et les épaves collées les unes aux autres, il n’y a aucune fatalité, ni vainqueur ni vaincu, pas encore. La  brume épaisse, les  rafales de vent, de neige, de glace et  les chiens hurlants,   mettent tout le monde d’accord.

Dans ce paysage chaque individu ne pourra que  prendre conscience de sa propre existence solitaire.  L’interdit est là, interdit d’avancer, interdit presque de respirer… Le passé et le présent se confrontent, mais le temps n’avance pas, tout est suspendu, la ville retient la fin, la glace la fige.

 

 

IN FINE 

 

My work is doubtless a mirror, the witness of a society in continuous transformation which forgets to take into account its mistakes and repeats them ceaselessy.

 

It suggests the drama of a nature which will not be able to eternaly reinvest and digest those contamined totems, this is the reason it should not be seen only under the prism of a formal and silent aesthetism.

 

Those wrecks, those structures witnessing through their abandonment at sea a declining human activity desintegrate, metamorphose slowly into sculptures.

 

This is how I see them, sculptures created by the common existence of two protagonists – human and nature – who evolve between what was and what will never be.

They confront each other, they oppose each other.

Resistance for one, ceaseless beating of the waves for the other.

They fight and tear at each other, come to postures and spasms evolving very slowly, to get to an end as quickly as possible.

 

I am waiting for the light, which transforms the structure, dramatizes it, assaults it or erases it.

I project myself inside the image, physically and mentally. It is a living image, at the same time staging of a landscape of humanity and of an individual history, objective reality as an echo of subjective reality.

It is within this space-time, which begins as soon as these structures are abandoned until their complete decomposition, that I place my work.

 

An aesthetism of abandonment.

 

In this new work, « IN FINE Siberia », there is a new protagonist, the city.

A frozen city, in appearance deserted and silent, with cubist and colored shapes, loneliness broadens itself, becomes thicker, even more so because man is behind it, hidden.

At his feet, a sea of moving and threatening ice could swallow the ships' graveyard, but it does not. I seem to perceive a dialogue between the city and the huddled shipwrecks, there is no fate, neither winner nor loser, not yet. The thick fog, the wind, the snow, the ice gusts and the screaming dogs get everyone to agree.

In this landscape, each individual will but take conscience of his or her own solitary existence. A ban is here, forbidding to move, almost forbidding to breathe… Past and present confront each other, but time does not move, everything is hanging, the city withholds the end, ice freezes it.

 

LA SUITE A PARTIR DU 24 AVRIL 2018   à la Galerie de l'Europe

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© Francesca Piqueras Photographe